Paul Laurent : un prêtre engagé dans la société vient de disparaitre

Posté le par dans Coup de coeur

Par Jean-François Cullafroz-Dalla Riva, journaliste professionnel honoraire, carte de presse 49272, correspondant du Courrier (quotidien à Genève)

C’est en l’église Saint-Denis où il a été ordonné prêtre en 1955, que se sont déroulées les funérailles de Paul Laurent (© DR/Openagenda.com).

Paul Laurent est disparu il y a quelques jours, et ses funérailles ont eu lieu vendredi 30 juillet 2021 en l’église Saint-Denis, à la Croix-Rousse. Membre d’une famille de onze enfants, le prêtre Paul Laurent est resté fidèle à ses origines populaires, et à l’église où il a été ordonne prêtre. Témoignage très personnel d’un ami.

D’abord prêtre en paroisse dans la Loire (Renaison), puis dans le département du Rhône, Paul Laurent a rejoint la Mission de France et est entré au travail, comme prêtre-ouvrier (© Pierre Nouvelle).

J’ai fait la connaissance de l’abbé Paul Laurent, nous l’appelions Paul, en 1957 ou 1958, il y a plus de soixante ans donc. J’habitais la partie toute nouvelle du vieux quartier des Etats-Unis et je fréquentais la paroisse Saint-Jacques, celle où avais exercé le visionnaire Louis de Galard , et où était curé le Père Pichod, avec comme vicaire Joseph Jacquemond.

Séminariste, Georges Fabre était moniteur à la colonie de vacances de la paroisse lyonnaise Saint-Jacques-des-Etats-Unis où exerçait Paul Laurent. Plus tard, tous deux choisirent d’être des prêtres-ouvriers (© Pierre Nouvelle).

Je te revois, Paul, à la colonie de Saint Symphorien-de-Lay, quand avec la traction noire, familiale je crois, tu venais livrer pain, chocolat, pâtes de fruits et antésite.

Il y avait à tes côtés de jeunes séminaristes, les frères Nesme, et un gone du quartier, Georges Fabre, fils d’un ouvrier de voirie qui n’a pas dévié de son parcours engagé, et est devenu à son tour prêtre-ouvrier. Merci encore Jojo!

Après la Loire, c’est dans le Rhône, et à commencer par la paroisse Saint-Jacques-des-Etats-Unis, que Paul Laurent a exercé son ministère (©DR/BM Lyon).

Je me revois dans la grande cour de la paroisse, la troupe de louveteaux disposée en carré, et à ses pieds faisant notre promesse, celle des amis de Saint-François, et chantant devant tous, je m’engage…

Paul, tu fus donc celui qui me conduisit à m’engager… et quand quelques années plus tard, la discipline quasi militaire de la compagnie scoute 69e Lyon ne voulut plus de moi, c’est toi qui m’orienta vers les Cœurs Vaillants, puis ensuite vers la Joc, la Jeunesse ouvrière chrétienne.


Construit au début des années cinquante, le quartier de Bron-Parilly fut une terre de mission pour l’Église catholique (©DR/Mémoire2Ville).

Au fil de tes nominations, nous t’avons suivi.

Comment oublier la quadrette que vous formiez, avec Dominique Jarrosson, Jean Battesti et Jean Valois, lorsque vous animiez la paroisse du Christ-Roi, au milieu des UC, les grands immeubles de Bron Parilly. Vous accompagniez l’enthousiasme post-mai 68 des fidèles, avec leurs engagements politiques et syndicaux, et les prises de responsabilités au sein de l’Église, dans le sillage de la ferveur conciliaire.


L’église du Christ-roi, voisine d’un temple protestant, avait été implantée au cœur des UC (©DR/Messesinfo.com)

Votre équipe de prêtres fît école, et les confrères qui vous suivirent : Gérard Danière, Bernard Yvernogeau, Jean Peyer, partagèrent leur ministère entre paroisse et travail salarié, dans une auto-école, la formation des publics en grande difficulté sociale et /ou économique, et puis aussi dans les prisons non comme aumônier, mais comme formateur, préparant des détenus à leur sortie : orientation professionnelle, remise à niveau, recherche d’emploi ou de formation…et en plus pour les « longues peines » : rechercher une prison où on peut apprendre un métier…

Mariés et dispersés dans différentes communes de l’agglomération, nous te revoyions de temps à autre, par exemple, le week-end de l’Ascension dans la bourgeoise maison de Talloires, où ton collègue Dominique Jarrosson nous recevait.

On se souvient de parties de ping-pong endiablées, de nage vigoureuse dans le lac d’Annecy, de traversées à la voile aventureuses… Nous partagions nos espoirs d’un monde meilleur, nos engagements militants : syndicat, CGT pour toi le prêtre-ouvrier, membre de la Mission de France, et aussi Action catholique ouvrière

Une vieille connaissance

Pour nous, plus que le prêtre, c’est l’ami, la vieille connaissance que nous rencontrions avec plaisir, car avec des idées fermement exprimées, il y avait toujours l’empathie, l’écoute, et l’appel à l’ouverture.


A la fin de son ministère ecclésial, Paul Laurent était voisin de pallier de Guy de Fatto, membre comme lui de la Mission de France, mais aussi musicien de jazz et prêtre (©DR/Nanipeinture.Eklablog.com)

Et puis, nous te retrouvâmes à Gerland, voisin de palier du prêtre jazzman Guy de Fatto, puis dans la maison des Petites sœurs des pauvres, à la Croix-Rousse, à quelques centaines de mètres d’ici.

La vie d’une femme ou d’un homme est faite de jalons, de repères, et pour moi, et pour d’autres copine et copains, tu en fus un.

Pour nous avoir mis en chemin, pour nous avoir accompagnés, de tout cela je te dis merci.

En Matthieu 13, l’Écriture dit que le semeur disperse la parole de Dieu sur les chemins. Pour nous, tu as fait cela, mais surtout tu l’as accompli en actes. C’est l’Esprit qui fait pousser, croyons-nous, mais comme le dit Irénée de Lyon, l’Éternel a aussi besoin des deux mains de l’homme. Et cela, en tant qu’éducateur, accompagnateur, homme engagé, tu nous l’as montré.

Fasse que l’Église du Christ suscite de telles lumières sur nos chemins !

Au revoir Paul, homme perpétuellement en mission !

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *