Jean-Marc Le Bihan : Un bel homme prophétique s’en est allé…

Posté le par dans Ca presse

Reportage, texte et photos, de Bernard Dérédec, Breton d’origine lorientaise, Lyonnais de cœur et militant syndical

Jean-Marc Le Bihan fut un éveilleur de conscience, un homme qui dérangeait, mais quel bonheur de l'entendre chanter, crier avec talent ce que beaucoup de lyonnais ressentaient ( © Bernard Deredec ).

Jean-Marc Le Bihan fut un éveilleur de conscience, un homme qui dérangeait, mais quel bonheur de l’entendre chanter, crier avec talent ce que beaucoup de lyonnais ressentaient ( © Bernard Dérédec ).

En breton « Le Bihan » veut dire « le petit ». Tu portais bien mal ton nom mon pauvre Jean-Marc car pour moi tu resteras le GRAND chanteur des rues, le GRAND poète engagé.

Jean-Marc Le Bihan appartenait de cette génération d’artistes lyonnais tels Michèle Bernard, Alain Bert, Michel Grange, Fabienne Eustratiades, Alain Hivert… Des artistes engagés qui n’avaient pas peur d’affirmer leurs convictions et d’appeler à s’engager.

Qui était Jean-Marc Le Bihan ?

J’ai rencontré Jean-Marc Le Bihan dans les années 80 sur un trottoir vers les Gratte-Ciel de Villeurbanne. Sa gouaille amplifiée par son micro ne me laissa pas indifférent. Il lui arrivait même de rentrer dans les bistrots pour « pousser la chansonnette ». Mais qui était ce chevelu avec ses cheveux longs, son micro et son chapeau noir aux larges bords ?

La terre des canuts était devenu sa terre et il portait haut l'hymne des révoltés (© DR/Le Progrès ).

La terre des canuts était devenu son territoire, et il portait haut l’hymne des révoltés (© DR/Le Progrès ).

Nous avons discuté et sympathisé car il était breton, comme moi, par son père. J’ai été surpris de rencontrer quelqu’un qui avec des mots simples mais très justes, qui chantait la vraie vie des petites gens.

C’était beau, le sentiment exprimé était palpable à chaque détour de phrase. Il ne demandait pas d’être aimé ou haï, il voulait tout simplement s’exprimer. « La liberté d’expression », c’était son cheval de bataille. Bien sûr, lui, il y mettait les formes car c’était un poète. J’avais envie de reprendre en chœur des passages car je me sentais concerné par ses mots sans fioritures et bonnes manières. Je le sentais sincère dans sa lutte contre les inégalités.

C'est naturellement en musique que ses mais lui ont rendu hommage place Colbert (© Bernard Deredec ).

C’est naturellement en musique que ses amis lui ont rendu hommage place Colbert (© Bernard Dérédec ).

Oublié pendant un certain temps, je l’ai retrouvé rue de « La Ré ». Toujours accompagné de son micro, son haut-parleur et son chapeau noir à larges bords. Je n’ai jamais compris pourquoi la maréchaussée se faisait un malin plaisir à l’embarquer.

C’était un joyeux CRS !

Et il écrivait :

« C’était un joyeux C.R.S.
Qui avait refusé d’charger.
Il n’aimait pas botter les fesses
Des étudiants, des ouvriers.
Pendant que ses copains chargeaient,
Il s’en était allé pêcher,
Dans la rivière du poisson frais,
Loin de la ville et des casse-pieds. (Extrait de « chanson surréaliste ».)

Il avait toujours sa voix forte qui nous appelait à l’entendre de plus prêt. Ne cherchez pas en lui un grand philosophe mais sa poésie adorable ne me laissait pas indifférent.

L'artiste libertaire est passé de la rue à la scène avec le même message exigeant la justice sociale et prônant la fraternité (© DR ).

L’artiste libertaire est passé de la rue à la scène avec le même message exigeant la justice sociale et prônant la fraternité (© DR ).

Réveiller les consciences

Loin des grands noms du showbiz, il parcourait toutes les villes où le spectacle intimiste lui permettait encore de développer librement ses idées, sa façon de voir le monde, l’humanité. Il savait réveiller les consciences.

-« Entre les juges et les notables,
Les privilèges et les paumés,
Le non-confort, le confortable,
Les injustices, les justiciers.
Entre les querelles et les guerres,
Les oppresseurs, les opprimés,
Les civils et les militaires,
S’étend la vie au monde entier. » (Extrait de « cocktail pour un xxe siècle »)

-« On dit des gens sans importance
Des gens qui ne sont jamais nés,
Des anonymes, des pas de chance
Des gueules meurtries, des gueules cassées
Des pauvres gens en mal de chance
Qui doivent se taire et travailler. » (Extrait de « des gens sans importance ».)

Jean-Marc Le Bihan savait aussi interpréter les airs des autres comme la chanson « ça fait grincer des dents » de son ami Bernard Haillant. La rencontre de deux interprètes réalistes.

Le meilleur pour la fin

« Après avoir souffert et s’être fatigués,
Dans la vie sans nom où rien ne fut gagné
Il y eut des chagrins, des instants de bonheur
Le reste n’était rien que l’envers du décor.
Les enfants sont partis, ils ne sont plus les mêmes,
Ils ne prennent plus le temps, le travail, les problèmes
Les vieux ne comptent plus ; c’est un jouet usé,
Un pauvre souvenir, ou une fleur fanée ».

8 août 2019 : Un hommage populaire et croix-roussien

Aujourd’hui jeudi 8 août 2019 nous lui avons fait un dernier au-revoir place Colbert sur les pentes de la Croix Rousse. Nous étions  plus de 150. Des jeunes, des moins jeunes, des cheveux un peu plus longs qu’à la coutume.

On se pressait Place Colbert pour mettre un mot de remerciement sur le registre des signatures ( © Bernard Dérédec )

On se pressait Place Colbert pour mettre un mot de remerciement sur le registre des signatures ( © Bernard Dérédec )

A la demande de Jean-Marc, je pense, il y avait un clavier et une trompette. A ma gauche un guitariste s’échauffait les doigts pour lui rendre un dernier hommage en musique. C’est dans de telles cérémonies qu’on retrouve des amis perdus de vue. On s’embrasse, on s’étreint pour partager sa peine et bien sûr on se raconte des souvenirs en pensant à Jean-Marc

Puis, vint le moment des discours ou chacun exprima toute sa tristesse, le tout échelonné d’anecdotes. Retenons cependant que Nathalie Perrin-Gilbert, maire du 1er arrondissement de Lyon, lui a rendu un vibrant hommage et annonça que la salle communale du 1e arrondissement portera désormais le nom de Jean-Marc Le Bihan.

Les vrais lyonnais ne sont pas prêts d’oublier ce chanteur des pentes de la Croix-Rousse peint à jamais sur la fresque des Canuts depuis 2013.

Longtemps décrié par les édiles de Lyon, la fresque du Mur des canuts lui rend hommage pour la postérité en sa terre croix-roussienne ( © Le Progrès/DR ).

Longtemps décrié par les édiles de Lyon, la fresque du Mur des canuts lui rend hommage pour la postérité en sa terre croix-roussienne ( © Le Progrès/DR ).

En breton « Le Bihan » veut dire « le petit ». Tu portais bien mal ton nom mon pauvre Jean-Marc car pour moi tu resteras le GRAND chanteur des rues, le GRAND poète engagé qui a su rendre hommage aux femmes. Écoutez plutôt.

Repose en paix, Jean-Marc !

 

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