Réhabiliter les poilus injustement fusillés

Posté le par dans Autant en emporte le vin

 Reportage de François Dalla-Riva, journaliste

(© Pierre Nouvelle).

(© Pierre Nouvelle).

Le 11 novembre 2014, la célébration du 11 novembre 1918, et plus généralement du centenaire de la Grande guerre, était célébré dans toutes les communes de France. Ainsi, à Ampuis, au sud du département du Rhône où cette commémoration a revêtu un relief particulier, puisque ce jour-là, était honoré Jean-Julien Chapelant, un citoyen de cette commune, jeune soldat fusillé mi-octobre 1914. Gérard Banchet, maire de cette commune, Georges Fenech, député UMP de la circonscription et Josette Jasmin, petite-cousine du poilu exécuté, témoignent.

Comme la plupart du temps, une cérémonie patriotique débute ou se termine par un défilé, et les plus petites communes n’y échappent pas. Ainsi, à Ampuis, près de 3 000 habitants, dans cette patrie de la côte rôtie, un des crus fétiches de la vallée du Rhône.

Un défilé pour ouvrir les cérémonies patriotiques (© Pierre Nouvelle).

Un défilé pour ouvrir les cérémonies patriotiques (© Pierre Nouvelle).

Ici donc, à 11h30, une centaine de personnes s’est mise en route, derrière les élus locaux et conduits par les enfants de l’école de musique et de la fanfare locale la Barket’s. Arrivés au monument aux morts,entre l’église et la salle des fêtes, est venu le temps de l’hommage aux enfants de la commune, disparus durant le premier conflit mondial.

Un fusillé pour l'exemple au cœur d'une commémoration de la guerre 14-18 (© Pierre Nouvelle).

Un fusillé pour l’exemple au cœur d’une commémoration de la guerre 14-18 (© Pierre Nouvelle).

Au cœur de ce devoir de mémoire, l’évocation d’un Ampuisais injustement fusillé : Jean-Julien Chapelant. Ce jeune soldat , habitant de la commune, fut fusillé mi-octobre 1914, pour fait de trahison. Rengagé le 15 décembre 1911 au 98e régiment d’infanterie de Roanne, il est chef de la 3e section de mitrailleuses lors du déclenchement de la Première guerre mondiale, promu au feu au grade de sous-lieutenant à titre temporaire. Deux mois après le début de la Grande guerre, il fut capturé par les Allemands. Quatre jours plus tard, il s’était échappé et avait rejoint, blessé, les rangs français. C’en était trop pour l’état-major qui le fit fusillé pour l’exemple le 11 octobre 1914.

Comme plus de 700 autres soldats du front, jean-Julien Chapelant fut une victime de la hiérarchie militaire (© DR).

Comme plus de 700 autres soldats du front, Jean-Julien Chapelant fut une victime de la hiérarchie militaire (© DR).

Des membres de sa famille, amis et élus se sont mobilisés pour sa réhabilitation. Parmi eux, Gérard Banchet, maire de la commune d’Ampuis. Dans la foulée de l’hommage rendu le 11 octobre 2014 à Beuvraignes, lieu de son exécution après passage en conseil de guerre, le maire d’Ampuis livre son sentiment sur ce jeune Ampuisais, et sur le message de fraternité et de paix, qui était au cœur de cette journée. Des propos recueillis par Jean-François Cullafroz

Agir pour une réhabilitation complète

Durant la guerre 1914-1918, en France comme dans toute l’Europe (Angleterre, Italie, Allemagne), des soldats furent fusillés pour l’exemple. En France, les conseils de guerre prononcèrent 2 400 condamnations à mort , Près de 700 furent exécutées, et seulement une quarantaine de poilus furent réhabilités dans les années 1920 ou 1930. Jean-Julien Chapelant fut de ces militaires que la France avait laissé dans l’oubli.

En 1998, le Premier ministre Lionel Jospin avait ouvert la voie à la réhabilitation de 740 fusillés, mais cette année, le président de la République a décidé d’aller plus loin. A l’occasion du centenaire de la guerre 1914-18, François Hollande a entamé le processus, après un rapport rendu par une mission interministérielle présidée par l’historien Rémi Dalisson, professeur à l’université de Rouen

Jean-Julien Chapelant a été déclaré « mort pour la France » par Kader Arif, l’actuel ministre des Anciens-combattants, mais sa réhabilitation, comme celle des autres poilus reste à réaliser. C’est l’objet de la loi que les députés Georges Fenech (UMP, Rhône) et Alain Tourret (Parti radical de gauche, Calvados) ont fait voter à l’Assemblée nationale pour les personnes victimes d’erreurs judiciaires.

Le 21 novembre prochain, dans le cadre de la faculté de droit de l’université Lyon3, Georges Fenech, le député UMP de la circonscription d’Ampuis en dira plus sur la réhabilitation de Jean-Julien Chapelant. Il apporte des précisions sur cette loi qui réhabilite les soldats fusillés, mais aussi toutes les personnes injustement condamnées. Un entretien réalisé par Jean-François Cullafroz

Sur le monument aux morts d’Ampuis

Sa famille s’était mobilisée depuis longtemps pour Jean-Julien Chapelant. Aidée par des amis, des élus et par la Ligue des droits de l’homme, elle vient donc d’obtenir sa satisfaction. Après l’inscription de son nom sur le monument aux morts d’Ampuis, c’est sa mémoire qui devrait être prochainement rétablie.
De quoi satisfaire sa petite-cousine, Josette Jasmin qui témoigne. Témoignage confié à Jean-François Cullafroz.

Malgré les démarches entreprises par son père, qui n’avait que ce fils, et les nombreuses campagnes menées, notamment, par la Ligue des Droits de l’Homme, Jean-Julien Chapelant n’a pas encore été réhabilité, mais son nom figure déjà sur le monument aux morts de la commune d’Ampuis, et une rue porte son nom depuis deux ans. De plus, en 2012, une stèle a été dressée sur les lieux de l’exécution de Jean-Julien Chapelant, à Crapeaumesnil, sur un terrain donné par la commune.

Sa réhabilitation prochaine devrait être bien accueillie dans sa commune d’origine, et parmi les association d’anciens combattants et de défense des droits de l’homme.

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