Dessin, journalisme et syndicalisme : Roland Garel un grand du métier !

Posté le par dans Ca presse

Par Jean-François Cullafroz, journaliste honoraire, carte 49 272

 

Un grand monsieur du 9e art a posé ses pinceaux (© ActuaBD)

Un grand monsieur du 9e art a posé ses pinceaux (© ActuaBD)

Alors que le 42e festival de la BD d’Angoulême s’est refermé il y  a quelques jours, Roland Garel, un grand de notre profession, vient de nous quitter. Sépulture mardi 10 février 2015 à 9h30 au cimetière parisien du Père Lachaise. Un ami, un frère vient de nous quitter.

J’ai bien connu Roland Garel, alors que nous militions de concert au Syndicat des journalistes français CFDT. ensemble, nous avons défendu des collègues en précarité, journalistes pigistes notamment, mais a  fallu que Roland nous quitte pour que je découvre l’ampleur de sa création d’artiste. Car ce journaliste, reporteur-dessinateur (qualification qu’il s’est battu pour faire reconnaître par la profession et pour ses collègues)  était aussi un auteur de BD discret au coup de crayon efficace et sûr, et qui servi petits et grands.

Jugez-en plutôt à la lecture de sa biographie reconstitué grâce à la Commission de la carte d’identité des journalistes professionnels (et de sa directrice Pascale Urbansky), dont il a été un des commissaires, et à plusieurs revues du 9e art, dont :les publications électroniques ActuaBD et BeDethèque, et aussi BDzoom.com. Avec un remerciement tout particulier à Henri Filippini et Conchita.

Une carrière riche et diversifiée

Né en 1930, Roland Garel entre en 1947 aux éditions Mondiales de Cino Del Duca comme retoucheur et maquettiste et dessine pour cet éditeur des BD qui paraissent dans ses titres : « Tarzan », « L’Intrépide », « Nous Deux », « Intimité », « Hurrah-Aventures ».

Les débuts dans la presse jeunesse des Editions Mondiales de Cino Del Duca (©DR)

Les débuts dans la presse jeunesse des Editions Mondiales de Cino Del Duca (©DR)

Il apprend les bases du métier au début des années cinquante, aux côtés de René Giffey, Remy Bourles… dont il est l’assistant. Illustrateur pour de nombreuses revues (Tarzan, L’Intrépide, Pistolin, Nous Deux, Intimité, Hurrah-Aventures, Vie en fleurs, Modes et Travaux…), il se lance dans la bande dessinée en 1957, dans l’hebdomadaire Ima (hebdomadaire français utilisant le principe des chèques Tintin), où il campe « Papoulet et Riton ».

Quatre ans plus tard, il crée « Galax » sur scénarios de Roger Lécureux (scénariste de Rahan)pour le pocket Marco Polo des éditions Aventures et Voyages (en cours de réédition aux éditions Taupinambour).

Un partenariat avec les plus grands scénaristes (© BDzoom.com).

Un partenariat avec les plus grands scénaristes (© BDzoom.com).

En 1963, il reprend la série « Jack de Minuit » (scénario de Jacques Lob) dans Record, magazine de Bayard Presse, tout en débutant des collaborations régulières dans Lisette, Lisette Magazine, Vaillant (où il assiste le dessinateur Max Lenvers, handicapé de la main, sur « Jacques Flash »). Formule1, Fripounet, Joker, Terres lointaines, Triolo (« Arthur et Stéphanie »), L‘Argonaute

Héraut de la reconnaissance journalistique pour les dessinateurs de presse

Roland Garel dessine pour tous : enfants, jeunes et adultes (© BeDethèque)

Roland Garel dessine pour tous : enfants, jeunes et adultes (© BeDethèque)

En 1964, Roland obtient sa carte de presse 14 264. il crée « Les 4 As » pour le pocket Robin des bois. En 1968, il débute le strip quotidien « Chère Pauline » pour l’agence Intermonde Presse (première parution dans Le Parisien libéré ; voir French Soap (deuxième partie : les créations françaises), dessine « L‘Auberge rouge » pour Dargaud (en 1969), adapte « Les Trappeurs de l’Arkansas » pour ACP. Il participe à « L’‘Encyclopédie en BD » aux éditions Philippe Auzou, livre plusieurs ouvrages didactiques aux éditions Chancerel (« Le Tennis », « Le Bricolage », « La Cuisine »…), collabore aux éditions Univers média (« Histoire du syndicalisme », « Jean XXIII »…), dessine des ouvrages religieux pour Sadifa et Fleurus, anime une rubrique pratique dans Télé loisirs… En 1990, il crée l’agence APAR avec son fils, agence diffusant des jeux pour la presse.

Il a exercé en qualité de pigiste pour plusieurs publications (Triolo, Télé Loisirs, Syndicalisme CFDT, Okapi, Télé Junior, Prévention Routière et le Matin de Paris). De 1964 à 1976, il a été reporter dessinateur au sein de France Soir. Au sein de cette rédaction, où excellait son ami Paul Parisot, il chroniqua notamment des procès pour France Soir, alliant  sa plume et son crayon. Il a collaboré à travers des strips, des dessins d’actualité ou des portraits à de multiples médias, de la PQR (L’Est Républicain, La Montagne, Le Provençal, Le Dauphiné libéré) à la presse magazine (Elle, Télé-Loisirs, Télé 7 jours, Le Nouvel Observateur).

roland garel a aussi illustré des histoires religieuses, ici les Croisades (© Bedetheque).

roland garel a aussi illustré des histoires religieuses, ici les Croisades (© Bedetheque).

 La fibre syndicale chevillée au corps

Notre ami était aussi un grand du syndicalisme. Entré comme Paul Parisot à la CFDT dès la naissance de cette organisation (évolution de la CFTC en CFDT en novembre 1964). Il a été notamment le créateur de la section des reporteurs dessinateurs au  sein du SJF (Syndicat des journalistes français CFDT), qui a compté grâce à lui plusieurs dizaines de dessinateurs et caricaturistes adhérents au syndicat.

Roland a été un des élus de la Commission de la carte (première instance et supérieure). Spécialiste des questions juridiques, il s’est battu pour les droits de ses collègues, leur a fait gagner de nombreux procès, notamment contre la rédaction de Pif, Le Journal de Mickey et d’autres. Il n’a pas arrêté de les défendre aussi devant la Commission arbitrale des journalistes et a permis aux dessinateurs de presse et caricaturistes d’obtenir leur reconnaissance de leur métier propre au sein de la profession de journaliste, et la qualification de reporteurs-dessinateurs.

Une copieuse bibliographie

Etrange ressemblance avec l'ami Garel (© DR).

Etrange ressemblance avec l’ami Garel (© DR).

Outre toutes les collaborations que nous avons citées, on doit compter au nombre des BD dont il a conçu le scénario ou/et les dessins  : Robin des bois (Jeunesse et vacances (1966), L’Auberge rouge (1969), Le Grand chelem (1978), Les Grandes Heures des Chrétiens (1979 à 1983), Encyclopédie en Bandes Dessinées (L’intégrale) (1982 à 1998), Antarès (Mon Journal) (1986), Les Grandes heures des églises (1986 à 1988), Saint Vincent de Paul (1994), Des entreprises et des bulles : L’histoire du Groupe Danone, La femme au tulle vert(2003), Galax (2012) Voir aussi l’Encyclopédie en Bandes Dessinées (L’intégrale) (1982 à 1998).

 Quelques réactions de la profession…

« On ne compte pas le nombre de collègues en difficulté qu’il a aidés sans réserve ». Bruno Pfeiffer, président du Syndicat des journalistes CFTC.

« Au nom du SNJ-CGT je tiens à saluer la mémoire de Roland Garel, un des grands syndicalistes de notre profession. Je ne l’ai pas connu mais je sais le travail qu’il a accompli, en particulier au sein de la CCIJP. Fraternellement. » Emmanuel Vire, Secrétaire général du SNJ-CGT.

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… et de camarades de la CFDT qui l’ont connu et apprécié

  » Nous perdons un grand camarade et je perds un voisin que je rencontrais
souvent. » Katty Cohen, ex déléguée syndicale aux Echos, et ex-élue à la Commission de la carte d’identité des journalistes professionnels.

 » Les moustaches de Roland, sa truculence, son parler vrai, sa gentillesse sont indéfectiblement associés dans ma mémoire aux années passées à la CFDT. Il était de tous les congrès et de toutes les réunions, acharné à défendre ses amis dessinateurs et au-delà tous les pigistes. A la fois chef de bande et grand militant ! Salut Roland. » Françoise Chirot, ex-secrétaire générale du SJF-CFDT, journaliste à L’Express puis au Monde.

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« J’ai rencontré Roland il y a 40 ans, comme syndicaliste mais aussi comme dessinateur alors que j’étais responsable d’un journal de BD. Il essayait toujours de trouver du travail pour un de ses collègues ou nous alertait sur la situation précaire d’un autre, quelquefois au dépend  de son propre intérêt. Il avait la solidarité dans ses gènes de titi parisien et une idéologie simple mais efficace « faire payer les patrons » Oui, c’était un personnage qu’on imaginait sortir d’un film en noir et blanc (comme la plupart de ses dessins à France Soir) célébrant le Front populaire. » Pierre Marin, ex président du SJF-CFDT, journaliste chez Fleurus puis La Vie du rail.*

De la presse jeune au monde de l'entreprise... (© DR).

De la presse jeune au monde de l’entreprise… (© DR).

 » Il faisait partie de ces gens dont on se dit que rien, jamais, ne peut leur arriver. Il était un personnage au plus beau, au plus noble sens du terme. Salut l’ami ! «  Gérard Valles, directeur régional de France 3 (Grand Sud), ex secrétaire général de l’Union syndicale des journalistes CFDT.

 » Tristesse partagée, d’apprendre la disparition de ce grand héraut, héros aussi parfois, des droits d’auteur, à l’inoubliable gouaille. » Francis Laffon, ex directeur de la rédaction, et envoyé spécial permanent à Paris du quotidien L’Alsace.

Caricaturé par un de ses collègues (© conchita)

Caricaturé par un de ses collègues (© Conchita)

 » Roland a été pour moi un des pères dans le syndicalisme des journalistes quand je l’ai rejoint en 1981, au même titre que Jean Delbecchi et Paul Parisot. Au même titre que Jean-André Laville, j’aimais en lui sa truculence qui nous a fait approcher celle de ses amis d’Hara_Kiri puis Charlie Hebdo. C’est aussi le militant syndical dans l’âme qu’il était que j’ai rejoint avec plaisir.

Son attention aux plus précaires, sa volonté d’en découdre avec les éditeurs, ses bagarres gagnées, la reconnaissance obtenue pour les dessinateurs comme des journalistes à part entière… voilà ce qui m’a séduit en lui. Longtemps, il a animé une agence où il employait des collègues, l’agence Apar (Agence de presse des auteurs réunis), situé dans un quartier où la presse écrite a connu ses beaux jours, à deux pas des sièges successifs du Syndicat des journalistes français CFDT au 5 rue Geoffroy Marie puis au 43 rue du Faubourg Montmartre.

Son expérience de terrain héritée d’une famille ouvrière parisienne, son talent, sa sature physique en faisait un syndicaliste respecté de tous, y compris des « patrons » de presse avec qui il ferraillait. » Jean-François Cullafroz, ex secrétaire général des journalistes CFDT et élu à la Commission de la carte d’identité des journalistes professionnels.

 

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2 commentaires

  1. MORTELETTE 9 février 2015 à 16 h 43 min

    Un artiste dans tous les sens du terme, culturel, relationnel, solidaire, engagé et surtout humain.

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