Auguste et Philippe : à un mois d’écart, deux hommes de bien ont tiré leur révérence

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Par Jean-François Cullafroz-Dalla Riva, journaliste professionnel honoraire, carte de presse 49272, correspondant du Courrier (quotidien à Genève)

En novembre 2014, dans le cadre de l’École normale supérieure de Lyon et d’une journée d’études CFDT sur mai 68, Auguste Boisson témoignait sur les luttes des salariés de la Rhodiacéta à Lyon-Vaise ( © DR/Thérèse Bunel ).

Auguste Boisson nous a quittés début juillet, et Philippe Frémeaux s’en est allé un mois plus tard, tous deux taraudés par le cancer. Avec eux, c’est un pan de l’expérience et l’expertise du mouvement social qui disparait. Auguste était l’ouvrier textile de la Rhodiacéta, et Philippe, le journaliste, artisan du magazine Alternatives économiques. Tous deux se situaient dans l’orbite du projet sociétal porté par la CFDT. Retour sur la personnalité de ces deux militants plus que tout humanistes et engagés.

Lors de ses funérailles dans l’église de St-Didier-au-Mont-d’Or, village qui a encadré sa naissance et sa mort, les témoignages furent nombreux pour rappeler la personnalité chaleureuse d’Auguste Boisson en ce mardi 7 juillet 2020.

 » Nous l’appelions Gus dans nos réunions, dans les sessions de formation, sur les piquets de grève et dans les défilés… « , soulignaient ses amis de la CFDT du Rhône.

Soucieux de témoigner

Un militant doux et volontiers caustique qui aimait à transmettre l’expérience de sa vie ( © Pierre Nouvelle ).

Ces dernières années, la centrale syndicale (CFTC devenue CFDT) à laquelle il adhéra en 1957 avait eu l’occasion de le faire témoigner à plusieurs reprises.

Témoigner de son parcours de vie, témoigner de son engagement personnel, avec le syndicat, CFTC puis CFDT et le parti, le PSU, et avec son épouse Mado à la FCPE du lycée Jean Perrin, quand ils étaient parents d’élèves, et au sein de leur équipe d’ACO, l’Action catholique ouvrière, à la Duchère.

Lors d’un des colloques où il faisait fait partagé ton expérience, c’était en novembre 2014 à l’École normale supérieure à Gerland, il rappelait que fils d’agriculteur, il était resté toute sa vie un militant à la base, quelles que soient les responsabilités qui lui furent confiées, la dernière en date étant celle d’accompagner les salariés jusqu’au jour de la fermeture, puis ensuite les licenciés dont, avec d’autres, il fonda l’association.

Faire germer des graines de militant.e.s

Auguste, si gentil, si souriant, si pince sans rire, un homme vrai, qui faisait peu de discours, mais qui a su semer des petites graines pour faire germer des militantes et des militants. A l’instar du paysan qu’il a été puis de l’ouvrier dans l’usine de pâtes Rivoire&Carret de Saint-Rambert-l’Ile-Barbe, avant d’entrée à la Rhodiacéta.

 » Il suffisait que tu parles de la Rhodia, des équipes en 4 et 5-8, des conditions de travail : horaires décalés, chaleur étouffante dans les ateliers… mais aussi joie d’accomplir ta mission de délégué du personnel pour défendre vos revendications sur les salaires, contre les licenciements, le chômage…

Tu rappelais tes études arrêtées au certif, mais il y a quatre ans, chez vous, lors d’un déjeuner ici au village, tu disais que vous étiez des permanents de l’esprit, « si on veut être sérieux, il faut se former, s’informer, lire… « , poursuivais-je.

Un engagement avec et au service des autres…

En novembre 2017, dans le cadre des Archives municipales de Lyon, lors d’un colloque CFDT dans l’initiative Novembre des canuts, Michel Lenoir (Berliet-RVI) et Auguste Boisson ont raconté les grèves du printemps et de l’automne 1967 ( © Pierre Nouvelle ).

Il disait :  » Je dois bien avoir quelques gênes : mon père et mon grand-père aveint une mentalité de serfs, mais avec des valeurs chrétiennes, et j’en ai hérité. J’ai découvert au fil de ma vie que d’autres, des copains et copines qui ne croyaient pas en Dieu, et se mouillaient aussi pour les mêmes combats pour l’homme « , étaient quelques unes de ses paroles.

Pour autant, sur cette route, Mado et Auguste ont rencontré des prêtres du Prado et d’ailleurs : Michel Tournier, Jean Richard, Michel le Bordet, Alexis Lhopital, un grand copain, présent le jour des funérailles. Au fil des révisions de vie, ils les ont confortés dans leur quête de justice, l’aspiration à un autre monde, en 68 l’autogestion, dont il était difficile de faire comprendre les contours et tu as fait débattre lors de réunions dans la cour de la Rhodia pendant la grève de mai-juin 68.

Il y a un an, le 28 juin 2019, après la découverte de ton cancer, ton opération et les nombreux soins, tu m’écrivais :  » Je suis resté huit jours en clinique au lieu d’un passage en ambulatoire, mais je pense avoir eu beaucoup de chance. La seule chose, c’est qu’à 91 ans, quand tu perds 80 % de tes forces, il ne faut pas rêver, on ne récupère pas beaucoup. Il faut accepter d’être diminué physiquement, mais étant debout, je ne peux pas me plaindre… « 

Faire que l’humain, femme et homme, soit une personne debout

« Je ne suis pas un mystique, disais-tu. Dans l’Église, j’ai contesté des choses intérieurement, mais mes origines chrétiennes ont été respectées… »

Auguste, l’ami Gus, merci pour ta simplicité, ta franchise, ta bonté.

Merci à toi aussi Mado pour votre compagnonnage, et pour vos enfants.

Merci aussi, pour les graines que tu as semées, dans la foulée de Bernard Gerland, qui est parti en février dernier.

(à suivre)

Notre prochain article :

Philippe Frémeaux : un militant humaniste soucieux de transmettre

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